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Mise en concession de L’EX-ONATRA : MAUVAISE FOI OU MANQUE DE COMMUNICATION ?

 (In Forum Des As N° 4996 du mercredi 28 octobre 2015)-Dans son édition d’hier, Forum des As a publié la position des travailleurs de la SCTP, ex Onatra, au sujet de l’appel d’offres lancé par le Gouvernement pour la mise en concession des ports maritimes de Matadi et Boma, du port fluvial de Kinshasa, ainsi que du chemin de fer Matadi - Kinshasa. Ce projet, les syndicalistes le qualifient d’irrégulier. Pour en savoir un peu plus, le quotidien a approché le COPIREP, organe technique du Gouvernement en matière de réforme, pour avoir un autre son de cloche. Exercice difficile, le COPIREP souhaitant, dit-il, ne pas verser dans la polémique pour ne pas contrarier l’action du Gouvernement dont il n’est que l’exécutant. Flash back.

 

Les griefs formulés par le banc syndical de la SCTP se résument autour des points suivants : le démembrement programmé de leur société et sa privatisation, la non-conformité de l’appel d’offres du Gouvernement à la loi 08/008 portant désengagement de l’Etat. Notamment en ce qui concerne les préalables au désengagement de l’Etat, l’absence d’évaluation exhaustive du patrimoine de la société ; le non-respect des droits des travailleurs au sujet de la hauteur de la dette sociale ; la mauvaise foi du gouvernement au sujet de la mise à disposition de la SCTP des fruits de la redevance logistique terrestre (RLT), l’absence de volonté de soutenir le redécollage de la société. Notamment en autorisant la construction des ports privés qui vont concurrencer ceux de la SCTP.

Pour conclure, le banc syndical, par la voie de Lambert Osango, président de l’intersyndicale de la SCTP réclame, et même exige, « le retrait du projet du Gouvernement parce que les partenaires sociaux n’auraient pas été impliqués comme l’impose l’article 12 de la loi précitée ».

Selon Lambert Osango, le Gouvernement s’apprête à lui donner raison. Il a déjà réussi à amener les conseillers du Premier Ministre à la table des négociations, ça s’annonce bien chuchote-t-on. Un nouveau round de négociations, le dernier peut-être, est prévu jeudi prochain à la Primature.

Pour avoir un autre son de cloche, Forum des As a approché le COPIREP, organe technique du Gouvernement en matière de réforme. Ici, on craint que la menace de grève ne soit l’argumentation principale du banc syndical, plutôt que le débat d’idées. Respectueux des médias, le COPIREP a accepté tout de même de donner un éclairage sur les principaux griefs des syndicalistes.

DEMEMBREMENT ET PRIVATISATION

L’opération décidée à la SCTP n’est pas un démembrement. Le démembrement d’une société donne lieu à deux ou plusieurs sociétés distinctes. Ce n’est pas le cas. Ce n’est pas non plus une privatisation du capital, ni une cession d’actifs de la société.

Le projet préconise la mise en concession par le transfert de la gestion et l’exploitation des activités, les actifs eux restants propriété de la SCTP érigée en société de patrimoine. La Direction de cette société restera la même. Les travailleurs aussi resteront les mêmes. Il serait aberrant de penser que le concessionnaire s’amusera à licencier la main d’œuvre nécessaire à l’exploitation. Et les délégués syndicaux continueront à défendre leurs affiliés.

Les avantages de cette concession sont multiples. En effet, le concessionnaire a pour obligation de remettre à niveau et moderniser les infrastructures et moderniser l’outil de travail. Mais bien plus, il paie une redevance durant toute la durée de la concession. Ceci permet à la SCTP de contourner le manque de financement qui le caractérise, et de se décharger des tracas de la gestion quotidienne, tout en percevant une redevance régulière pour son fonctionnement.

Et pour mettre la SCTP, devenue société de patrimoine, tout à fait à l’aise, le COPIREP a pris l’initiative de proposer au Gouvernement de lui conférer le statut d’ "Autorité portuaire". Mais là, il appartient au Gouvernent de décider.

Cette approche, beaucoup de Congolais l’ont comprise. Pour ceux qui connaissent Kinshasa, les nombreux immeubles qui fleurissent aux alentours du marché central à Kinshasa, sont le fruit de cette logique. On donne sa parcelle délabrée en concession à quelqu’un qui dispose de moyens financiers. Ce dernier y construit un immeuble et le gère. Le propriétaire empoche une somme mensuelle régulière et se prélasse tranquillement. De temps à autre il ouvre un œil pour s’assurer que les termes de l’arrangement sont respectés. Et à la fin du contrat, le bien qu’il n’a pourtant pas construit, lui revient en propriété.

LES PREALABLES

La concession décidée à la SCTP est effectivement une forme de désengagement de l’Etat, en vertu de l’article 8 de la loi 08/008. C’est un désengagement sans transfert de propriété. Les préalables évoqués à l’article 3, et sur lesquels s’appuie le banc syndical sont effectivement traduits dans la loi, mais s’appliquent au désengagement avec transfert de propriété.

S’agissant de l’évaluation du patrimoine, cela ne concerne pas l’opération en cours qui n’est ni une cession d’actifs, ni une ouverture du capital. Celui qui met sa maison en location n’a pas besoin d’en fixer le prix, il en détermine plutôt le loyer et dresse un état de lieux contradictoire avec le locataire. Il en sera tenu compte à la fin du bail.

Ainsi donc, l’opération à réaliser ici est plutôt une identification contradictoire, entre le concessionnaire et le concédant, des biens qui seront mis à la disposition du concessionnaire, de manière à déterminer, en fin de concession, les " biens de retour " apportés au propriétaire.

Quant au chiffre repris dans l’appel d’offres, le COPIREP persiste et signe : ils sont issus des états financiers de la SCTP. Quant à leur fiabilité, c’est le problème de la SCTP.

La vraie question qui devrait préoccuper l’agent SCTP est celle des droits du personnel. Cette question doit, en effet être discutée avec le partenaire qui sera sélectionné au terme d’une procédure que l’on sait longue. Il faut compter aux alentours de deux ans. Le syndicat a donc tout le temps de se préparer à cette négociation. En effet, il avait déjà été notifié au banc syndical que l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan social, sera négocié avec ce dernier et sanctionné par un protocole d’accord qu’en tout état de cause les syndicats seront associés à toutes les étapes de sélection du partenaire.

Mais il faut faire la part des choses. La décision de mise en concession est de la responsabilité de l’Etat. La protection des intérêts des travailleurs dans le cadre de ce processus est de la responsabilité des syndicats.

MAUVAISE FOI DU GOUVERNEMENT

Le processus de mise en concession des activités portuaires à Matadi, Boma et Kinshasa, ainsi que du chemin de fer Kinshasa - Matadi est la démonstration de la ferme volonté du Gouvernement à sauver la SCTP. La réhabilitation des infrastructures portuaires et ferroviaires nécessite énormément d’argent. Des sommes dont l’Etat ne dispose pas toujours surtout en ces périodes où il lui en faut pour financer ses missions régaliennes : éducation, santé, sécurité des personnes et des biens, consolidation de la démocratie, etc.

Malgré ces chantiers prioritaires immenses, le Gouvernement s’est tout de même financièrement penché sur la SCTP. Le bateau Kokolo a été réhabilité avec les fonds publics. Un autre bâtiment est en réhabilitation. Le train " voyageurs " a repris du service. La voie ferrée entre Kinshasa et Matadi également fait l’objet de l’attention du Gouvernement. On parle de quelques millions injectés dans la fabrication des traverses pour la voie ferrée. Ce n’est pas rien. Tout ça, grâce à la Redevance Logistique terrestre (RLT). Il est bon de préciser à l’opinion que la RLT a été créé par le Gouvernement pour financer la réhabilitation des infrastructures. Il s’agit d’une taxe instaurée par décret interministériel. La SCTP étant transformée en SA ne peut pas bénéficier d’une taxe pour son exploitation.

NE PAS MANQUER CE NOUVEAU RENDEZ-VOUS

Le Congo est un grand pays au cœur de l’Afrique. Il l’était déjà hier, et à ce moment il possédait un grand port à Matadi. Les marchandises destinées aux ports environnants y transitaient et étaient par la suite réacheminées vers ces ports " périphériques ". Aujourd’hui, c’est l’inverse. Matadi est écrasé par Pointe-Noire où les syndicalistes des frères voisins n’ont pas fait obstacle à la mise en concession.

Pointe-Noire modernisé, le chemin de fer Congo-océan réhabilité, et la perspective d’un pont entre Kinshasa et Brazzaville menace dangereusement l’économie de tout le Kongo central et de la RDC. Le Congo Brazzaville tout entier en récolte les fruits, au détriment du Congo-Kinshasa tout entier.

Le phénomène Lufu est une autre illustration du danger qui frappe aux portes de la SCTP. Les marchandises débarquées sur les ports angolais, prennent la route. C’est désormais là qu’on va chercher les " bilokos ". Pendant ce temps, dans les rues de Matadi et Boma, l’activité se meurt.

C’est cette vérité là qu’il faut porter aux travailleurs de la SCTP. Prendre le courage de franchir le pas pour des lendemains meilleurs. Au train où vont les choses, combien de temps la SCTP survivra-t-elle, contrainte par exemple à débourser mensuellement 80.000 dollars pour louer des autogrues qui coûtent 300 000 euros la pièce, comme l’affirme le président de l’intersyndicale. Difficile à expliquer.

Partout sur les côtes africaines, les concessions portuaires portent des fruits. Au Sénégal, le port de Dakar contribue pour 20% au budget de l’Etat. Pourquoi ne pas s’en inspirer au lieu de s’évertuer à créer la roue ?

MANQUE DE COMMUNICATION OU MAUVAISE FOI ?

La photographie du projet de concession avec l’éclairage obtenu du COPIREP pousse à s’interroger : mais pourquoi donc le banc syndical se dresse contre ce projet et ne réclame pas même qu’il soit expliqué, mais tout simplement retiré ? Car la photographie semble idyllique, dans une approche gagnant - gagnant. Mauvaise foi ou manque de communication ? Mystère.

Ce qui est certain, c’est que les choses ne peuvent pas rester en l’état. La tentation est forte de faire la comparaison avec les agents de l’ex-OCPT jadis omniprésents sur le boulevard du 30 juin, en grève pour un oui ou un non, comme ceux de la SCTP. Le secteur des télécommunications libéralisé, des privés s’y sont engouffrés, offrant un service de qualité, augmentant les recettes de l’Etat, créant des emplois du reste mieux rémunérés…

A Matadi aussi, un privé est entrain de construire un grand port, juste à côté de celui de la SCTP. Il y a fort à parier qu’il offrira un service de qualité, et l’Etat ne sera pas contraint de lui venir en aide financièrement. Bien au contraire.

 Aujourd’hui, l’esplanade devant le bureau des postes est dégagé. A l’intérieur, les agents travaillent, avec l’appui du Gouvernement, pour ne pas disparaitre. Ça s’améliore, mais ils ont perdu leur position dominante. Et beaucoup de ceux qui poussaient à la grève ont rejoint les rangs de la concurrence. (Didier KEBONGO)

 
 
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